Mot(if)
une exposition de Alia Ali

curation Mary-Lou Ngwe-Secke

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Installation in situ, 193 Gallery, Alia Ali, Kaleidoscope cascades sur installation murale tissus Ikat, Impression pigmentaire sur photo rag 310 g/m2. avec laminé de protection UV monté sur dibond d'aluminium dans un cadre en bois tapissé de soies et de cotons ikat, 140 x 68.5 x 7.5 cm, 2021.

Le tissu, icône intemporelle de l’identification, se révèle par son(ses) histoire(s) être porteur d’illusions, et prend une place majeure au cœur de la pratique d’Alia Ali, artiste multimédia yéménite-bosniaque-US. Le Wax d’une part, brouille les traces de son histoire coloniale et capitaliste en y jetant un filtre coloré, aux motifs riches et parfois trompeusement identifiables. Sous les mains de l’artiste, il devient polymorphe, remettant en question la façon dont les choses sont nommées, traduites, réinterprétées, mais aussi la raison initiale de leurs productions. Leur origine se veut en effet bien différente de leurs dénominations contemporaines, qui elles-mêmes trompent parfois sur leur véritable lieu de production. D’autre part, à travers ses sculptures photographiques et ses installations utilisant des textiles complexes comme l’Ikat, Alia Ali met en lumière la richesse lexicale perceptible dans la création de ces motifs. Elle y conceptualise cette collaboration hyper-optique entre le fil, la teinture et les sens, tout en constatant l’appropriation culturelle sans récompense dont ils font l’objet. 

Les réorientations font également l’objet d’une étude, interpellant le spectateur à se pencher sur les usages linguistiques. En effet, les récupérations contemporaines et les attendus culturels, encore trop souvent erronés, se voient désamorcés sous le prisme à multiples entrées du mot Hub/Love. La photographie, le textile et l’écriture s’unissent pour orienter le spectateur vers des notions complexes d’inclusions, d’exclusion, d’effacement et de politisation du corps et du langage. L’artiste questionne ainsi le regard du spectateur et les projections inconscientes qui l’accompagnent, tout en brisant les frontières du langage devenu motif et source de réfraction des consciences les plus résolues. 

L’artiste s’efforce donc de déconstruire les remparts économiques, politiques, sociétaux voire coloniaux, dressés par des groupuscules fantasmant la majorité. Ainsi, à travers un jeu optique hypnotisant, Alia explore également l’importance méconnue de la couleur indigo en tant que facteur d’union physique, cosmique et historique transcendant les conflits, les frontières mais aussi  les cultures  et religions. 

Au fil de Mot(if),  Alia Ali tient à mettre en exergue le thème de l’inclusion et de l’exclusion à travers des silhouettes recouvertes de tissus provenant de différentes régions du monde, et interroge le visiteur sur sa propre position ‘Est-il l’inclus ou l’exclus ?’. 

Toujours dans une logique de vision à angles multiples, la deuxième entrée de la 193 Gallery dédie une installation aux êtres en situation de migration. L’artiste expose les différentes strates qui composent leur existence; propose une réinvention cosmique de leur réalité; et enfin les invite à se réapproprier leur avenir vers une vision glorieuse, laissant derrière eux.elles un futur aussi fantasmé qu’erroné et n'entraînant que la perte de leur histoire. 

Enfin, la traversée vers un futurisme yéménite radical emmène le visiteur vers la remise en question de ce qui se veut entité protectrice, mais qui par une suite de preuves se révèle être source de destruction au motif que "le conflit est plus rentable que la paix". 

Mot(if) tente donc de conjurer les récits imposés par le poids des mots et des images. À travers le prisme de la beauté, cette exposition est un appel à la contemplation mais aussi avant toute chose, à la remise en question de ce que l’on croit savoir, comprendre, protéger.

"L’assimilation est une violence.

Assimilation is violence. 

 

Elle fait de nous des étrangers face au savoir ancestral qui coule dans nos veines depuis des siècles.

It is to make us strangers to the ancestral knowledge that has run through our veins for centuries.

 

C'est un effacement actif de notre passé afin de nous imposer une vision de l'avenir appartenant à un d'autre.

It is the active erasure of our pasts in order to fit someone else's vision of the future.

 

Elle nous rend étranger de nous-même et de nos pairs. 

It makes us strangers to ourselves -- and to each other. 

 

Nous arrivons et nous efforçons d’être comme eux ...

We arrive and strive to be like them ...

 

… uniquement pour découvrir que nous ne pourrons jamais être quelqu'un d'autre que nous-même.

...only to discover that we can never be anyone else than ourselves.


 

Cette exposition est dédiée aux invisibles de la société, aux assimilés - les migrants - c’est un rappel de notre royauté qui a été et qui demeure - un rappel de la beauté de nos couleurs, de la poésie de nos mythes et du chant de nos accents. 

This exhibition is dedicated to those hidden in plain sight - the migrants - it's a reminder of our royalty that once was and still is - the beauty in our color, the poetry in our myths, and the song in our accents. 

 

Si nous ne sommes pas honorés par autrui, alors nous détenons le pouvoir pour nous honorer les uns les autres. 

If we are not honored by others, then we have the power to honor each other. 


 

Cette exposition vous est dédiée.  

This exhibition is dedicated to you."  Alia Ali 

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Installation in situ, 193 Gallery, Alia Ali, de droite à gauche : Dub, Throb, Beat, Pulse, série FLUX, Impression pigmentaire sur photo rag 310 g/m2 avec laminé de protection UV monté sur dibond d'aluminium dans un cadre en bois tapissé de laine massai, 124,5 x 89 cm, 2021 (oeuvre seule).