Présentation

Les expositions précédentes de Rob Tucker ont mis en lumière l’influence persistante de David Hockney, Henri Matisse et Giorgio Morandi dans sa pratique. Lors de ses premières expositions personnelles à la galerie, à Paris puis à Venise, l’artiste présentait des paysages, des compositions architecturales audacieuses et des natures mortes, développant une peinture attentive aux rapports que la couleur, la forme et l’espace entretiennent entre eux.

 

Pour ce nouvel ensemble d’œuvres, Tucker déplace son regard vers l’Italie, entre paysages observés et paysages rêvés. Montagnes, lacs, canaux et étendues verdoyantes composent un répertoire de motifs à partir duquel l’artiste poursuit sa réflexion sur la peinture comme espace de projection. Ses paysages ne cherchent pas tant à restituer un lieu qu’à en éprouver la possibilité picturale. Ils se situent ainsi dans un entre-deux, à la frontière de l’observation et de l’invention, du réel et de l’imaginaire.

 

Les points de vue qu’il adopte, souvent singuliers et comme suspendus, confèrent aux scènes une dimension presque méditative. Le paysage devient moins un sujet qu’un seuil : un espace à travers lequel le regard peut pénétrer dans une réalité autre, construite par la peinture. Cette réalité, paradoxalement, semble parfois plus immédiate, plus sensible, que celle du monde observé.

 

Chez Tucker, l’espace se construit par la rencontre de lignes peintes franches, de formes délibérément inattendues et d’une couleur vibrante, parfois expansive. À cette intensité répondent des zones plus silencieuses, faites de tons pastel et de nuances assourdies. De ces écarts naît une tension constitutive de sa peinture : entre éclat et retenue, abstraction et figuration, reconnaissance et étrangeté.

 

La notion de « fenêtre », récurrente dans son travail, prend ici une dimension particulière. Les ouvertures qu’il compose ne délimitent pas simplement un espace représenté ; elles proposent une manière de regarder. Elles invitent à suspendre le temps, à demeurer devant l’image et à considérer ce qui se déploie au-delà de sa surface.

 

Les peintures de Rob Tucker ouvrent ainsi sur des paysages qui nous sont à la fois familiers et inaccessibles, réels et imaginés. Elles ne donnent pas seulement à voir un monde : elles construisent les conditions d’un regard, et font de la peinture un lieu où observer et rêver peuvent coïncider.

Œuvres