Ben Arpéa: De Mémoire
De Mémoire est la première exposition personnelle de l’artiste français Ben Arpéa à la 193 Gallery, à Paris. Alors que sa pratique artistique semble englober dessin, peinture, sculpture et même design et architecture, plus que d'être composite elle se déploie presque de manière métaphysique entre texture et sentiment, paysages et natures mortes, souvenir et perception. C’est ainsi que ce nouveau corpus d’oeuvres devient le rendu tangible et visuel de moments vécus par l’artiste, dans une tentative processuelle de se rappeler, de se souvenir. Si pour Milan Kundera "La mémoire ne filme pas, la mémoire photographie” chaque toile semble, à ce titre, être une peinture photographique, une fenêtre sur la conscience de l’artiste, qui n’est pourtant pas figée.
En se réappropriant l’espace qui l’entoure, Ben Arpéa crée des environnements où ce qui s’est passé se fond dans ce qui se passera, les lignes horizontales et verticales de ses tableaux deviennent alors sculptures, ossature d’une Mémoire flexible et vivante. Les différents soleils, protagonistes constants des toiles présentées, génèrent une lumière hypnotisante qui se propage dans l’espace. L’ambiance presque onirique qui en découle, rappelle ainsi, la chaleur réconfortante d’une Méditerranée délestée de son exagérée exubérance. Les couleurs vivent, les motifs précis qui définissent cette oeuvre picturale semblent insuffler dans l'atmosphère méditerranéenne de l’exposition, entre pins-parasols et couchers de soleils, une impression de dolce far niente, couplée, néanmoins, d’une douce solitude, qui se pourrait être partagée… À l'inverse de David Hockney ou même d'Edward Hopper, Ben Arpea n’a nul besoin d’inclure une présence humaine dans ses toiles pour évoquer la condition solitaire de l’individu, il la provoque dans l’espace d’exposition. Le public se positionne ainsi comme partie intégrante de l'oeuvre, poussé naturellement à contempler leurs propres expériences face à celles de l’artiste. Les oeuvres présentées sont donc, de par leurs poésies mais aussi de part leurs texture, mixte d’acrylique, peintures à l’huile et sable, matrices sensibles d’une pensée qui suit un flot précis, une expérience propre qui devient collective. Alors qu’elles semblent elles-mêmes devenir “éléments du quotidien”, les sculptures, ainsi que les meublent qui en dérivent forment un ensemble cohérent qui plonge le sujet dans l’objet, et vice versa. Le public se retrouve ainsi face à une multitude de perspectives personnelles, et étrangement familières, suspendu entre temps et espace, sensation et perception, zénith et horizon.
À travers sa pratique multidisciplinaire, Ben Arpéa interagit avec les espaces de 193 Gallery, générant une atmosphère particulière, entre rêve et souvenirs, lumière et ombre, nature et architecture. Le souvenir tout comme l’image n’est pas figé; plus l’on tente de se rappeler, plus l’histoire change et plus l’image du souvenir se transforme. C’est dans ce sens que les peintures, sculptures et autres objets qui composent De Mémoire en fond une exposition site-specific, qui invite le public à vivre le moment présent, et à revivre les moments passés sous un autre angle, via contemplation et impression.
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Texte d’exposition rédigé par Yasmine Helou, Commissaire d’exposition